Vous êtes jaune et desséchée

Pourquoi madame la Colline

Mes racines on m’a arraché

Je n’ai plus d’eau dans ma poitrine

Et l’eau s’enfuit, s’enfuit, s’enfuit

Dans les prairies, l’herbe était si belle

L’eau s’enfuit, s’enfuit, s’enfuit

J’entends taper le seau sur le fond du puits

Dans les dessous de mes fossés

L’ombre était douce et accueillante

Les animaux pour se soigner

Y trouvait des herbes et des plantes

Et l’eau s’enfuit, s’enfuit, s’enfuit

Dans les prairies, l’herbe était si belle

L’eau s’enfuit, s’enfuit, s’enfuit

J’entends taper le seau sur le fond du puits

L’autre matin, j’allais au travail en écoutant Gilles Servat (mes enfants m’ont offert un lecteur MP3!) et en sortant de la gare, j’entends cette chanson. Comme cette chanson m’a trotté dans la tête une bonne partie de la journée, elle m’a inspiré ce qui suit:

Le vieillissement des haies et l’utilisation d’herbicides sont les nouvelles menaces qui planent sur le bocage breton. Le changement des pratiques agricoles de l’après-guerre a bouleversé le paysage bocager en Bretagne. Entre les années 1960 et 1990, le remembrement des parcelles et l’arasement des haies étaient subventionnés afin de faciliter l’accès aux engins agricoles devenus plus encombrants. Encore aujourd’hui, la Politique Agricole Commune, en déduisant les haies trop larges et les îlots d’arbres du calcul de prime agricole, n’incite pas au maintien du bocage dans les zones cultivées.
Pourtant, ce n’est plus l’arasement subventionné qui menace le bocage breton, mais plutôt un manque d’entretien des haies. Après 20 ans d’arrachage, nombreux sont les propriétaires qui n’ont plus de temps à consacrer à leurs haies ou ne savent plus comment entretenir les essences bocagères. C’est ainsi que les ragosses disparaissent peu à peu du paysage d’Ille-et-Vilaine parce qu’elles ne sont pas remplacées. Résultat, l’état sanitaire des haies bocagères est en déclin. Celles qui subsistent vieillissent et auront disparu d’ici 50 ans, faute de renouvellement.
L’utilisation, en milieu rural, d’herbicides débroussaillants est une autre forme de pression sur le bocage. Pour gagner du temps, de nombreuses collectivités préfèrent un désherbage chimique à une solution mécanique, provoquant ainsi des catastrophes écologiques et agronomiques. De nombreuses espèces végétales et animales meurent, celles qui survivent sont rendues plus résistantes et en particulier, les ravageurs de cultures et les mauvaises herbes migrent vers les parcelles cultivées. .

Les haies ont été faites par l’homme, pour l’homme.
Idéales pour séparer 2 milieux, les haies trouvent leur place au bord des routes, où elles atténuent les nuisances pour les riverains (déplacement d’air, bruit, odeur).
Dès le Moyen-Age, les forêts ont été déboisées pour faire place aux cultures. Néanmoins, chaque parcelle conservait sur son pourtour, une bande de végétation. Celle-ci permettait de délimiter le terrain. Ainsi sont apparues les haies que nous connaissons.
La haie, au fil du temps, est devenue un écotone dans lequel la chaîne alimentaire trouve tous ses maillons. Les habitants de la campagne lui rendaient visite régulièrement, pour l’entretenir, mais aussi pour y prélever des éléments nécessaires à la vie courante. Avec l’ère de la mécanisation de l’agriculture, les haies sont devenues gênantes, délimitant des champs trop petits. En France, l’apogée de leur suppression remonte aux années soixante. Lorsque le remembrement à été décidé, c’est plus de 200 000 Km de haies qui ont été arrachées. Au niveau mondial, c’est deux millions de kilomètres supprimés.
Hélas, comme beaucoup de choix et d’actions menés à grande échelle, sans prendre garde aux éventuelles conséquences, cette politique d’arrachage fit plus de mal que de bien. Pour cette raison, aujourd’hui, on incite les agriculteurs à replanter des haies.

  • Un bienfait pour les cultures: car au premier coup d’oeil, on peut se poser la question ; les cultures proches de la haie sont généralement moins « belles » qu’au milieu du champ (ce fait est dû à la concurrence entre la haie et la culture). Néanmoins, des études très sérieuses montrent que dans un environnement de haies, le rendement des cultures est supérieur de 5 à 15 %.
  • Une fabrique à humus: l’automne et son épais tapis de feuilles mortes fournissent à la terre un engrais naturel important pour son équilibre. Les feuilles mortes sont mangées par les différents insectes, vers, bactéries, vivant dans la haie. Une fois digérées et rejetées, elles deviennent cet engrais si riche en minéraux, très utile pour la régénération des sols.
  • Un brise-vent de première qualité: en effet, rien de mieux qu’une haie, pour protéger un sol des méfaits du vent. Là où un mur ne protège le sol que sur une longueur égale à 2 fois sa hauteur, une haie permet une protection allant de 10 à 20 fois sa hauteur (plus elle est perméable, plus elle est efficace, sa perméabilité idéale pour le vent étant de 70%).
  • Un régulateur du climat: grâce à son ombre et à son action sur le vent, le sol se dessèche moins en été ; la rosée est également plus importante. En hiver elle constitue un obstacle très efficace contre les vents forts et les déplacements d’air froid. Ainsi, été comme hiver, la température à sa proximité est plus clémente. Certaines régions (principalement dans les pays du nord) ont vu leur température moyenne sur l’année augmentée de 2 à 3 degrés et les journées de grands vents diminuées ; ceci, quelques années après une campagne de plantation intensive de haies.
  • Une éponge: avec les fossés, c’est un excellent moyen de réguler les eaux pluviales. Grâce à ses racines, la haie facilite l’infiltration de l’eau dans les nappes phréatiques, ainsi que le drainage du sol. Par cette action, elle limite considérablement l’érosion du sol. A titre d’exemple, on peut citer le cas du déferlement de boue qui s’est abattu sur la commune de Morlaix (Finistère) après le remembrement.
  • Un transformateur: par ses racines, elle retient les résidus d’engrais pour les transformer en engrais naturel. Il n’y a qu’à voir le problème de l’épandage du lisier en Bretagne, pour se convaincre de son action bénéfique. Non retenu par des haies, le lisier « s’écoule » jusqu’à la mer, lors des périodes pluvieuses.
  • Un abri pour les insectivores: certains insectes sont redoutables pour les cultures. Là encore la haie offre une solution, en hébergeant de nombreux insectivores (crapaud, lézard, merle, coccinelle, mésange, etc).

Les inondations en Bretagne : la nature ? les hommes ?
Il y a toujours eu des inondations en Bretagne. Pas chaque année mais en cas de pluviométrie exceptionnelle. Celle-ci survient de temps à autre, la régularité statistique des moyennes de précipitations cachant en fait une profonde instabilité météorologique des types de temps
La disposition du relief et la nature des sols ne sont pas neutres. La Bretagne est surtout constituée de plateaux peu élevés (100 à 180 m) correspondant à des affleurements de roches résistantes (granites, grès) et imperméables : l’eau s’y enfonce peu. Ces plateaux sont incisés de vallées courtes, souvent encaissées, qui débouchent sur la mer par de petits estuaires appelés « rias » que le flux de marée remonte deux fois par jour
Les grandes vallées et les plaines alluviales où l’eau pourrait s’étaler en cas de crue sont rares en Bretagne occidentale. Leur importance croît vers le sud-est, dans les pays nantais et rennais : les larges vallées de l’Oust, de la Vilaine, de la Loire, les marais de l’estuaire du grand fleuve, constituent ici de vastes zones humides où nos ancêtres se gardaient bien de bâtir car ils savaient que le risque de submersion existait, de temps en temps. Des permis de construire trop généreusement distribués depuis 50 ans ont malheureusement favorisé l’installation d’activités économiques et de lotissements sur ces zones basses réputées inondables.
Inondations : ménager le territoire
Les inondations ont suscité un vrai traumatisme dans plusieurs villes et villages de l’Ouest. Passée la légitime émotion, il faudra bien s’interroger sereinement sur les origines de la fréquence accrue des inondations qui frappent chaque hiver notre région.
Toutes les époques de notre histoire ont connu des crues, des inondations, et c’est la vie même des cours d’eau qui les conduit tantôt à occuper un lit mineur, tantôt à élargir leur emprise sur tout le lit majeur. Dans un monde que nous voulons peut-être abusivement dominer et façonner en fonction de nos modes de vie, de travail ou de circulation, n’avons-nous pas trop oublié que la nature ne se commande pas ?
Ceci étant, il n’échappe à personne que l’effet de ces circonstances naturelles se trouve aujourd’hui amplifié par tous les aménagements opérés sur les bassins versants. Les associations ont beaucoup évoqué – à raison – les remembrements avec la destruction des talus et des haies, l’assèchement des zones humides, ou encore l’importance des sols nus après la culture du maïs. II faut souligner également la part croissante, dans notre société urbaine, des zones imperméabilisées : voies routières, espaces industriels, zones commerciales. Dans la course au développement à laquelle se livrent entre elles les agglomérations, c’est à celle qui construira et bitumera le plus ! A cet égard, en confiant aux maires le pouvoir de délivrer les permis de construire, la décentralisation a soumis nos élus locaux aux pressions directes des aménageurs, sans hélas leur apporter les moyens de formation et d’information nécessaires, ni assurer aux associations de protection de la nature les moyens d’un contre pouvoir nécessaire.
Tous ces aménagements ruraux et urbains réduisent l’infiltration naturelle des eaux de pluies, augmentent les volumes d’eau transitant dans nos rivières, et réduisent les temps de transfert, au moment même où de nombreux scientifiques s’interrogent sur les effets des possibles modifications climatiques dues à l’effet de serre.
La fréquence et l’ampleur de ces inondations semblent toutefois s’accélérer depuis quelque temps : l’action humaine en est clairement responsable :
Les uns mettent en avant les transformations du paysage agricole car l’eau circule davantage et plus vite sur les sols dénudés en hiver après la coupe du maïs (qui a souvent remplacé les prairies), sans les obstacles que constituaient les talus et les haies du bocage (victimes du remembrement). Les autres accusent l’extension non contrôlée des zones urbaines qui imperméabilisent chaque année de nouveaux quartiers d’habitations ou d’activités économiques. Le pire est quand ces constructions ont été réalisées en zone inondable : les habitants ont alors les pieds dans l’eau à la moindre occasion. Or la décentralisation aurait favorisé un certain laxisme à cet égard.